Zimbabwe: Grace Mugabe, l’ex-première dame de tous les scandales

Alors que le Zimbabwe a perdu vendredi son ancien président, sa veuve, connue pour ses frasques et son goût du pouvoir, a longtemps intrigué dans les plus hautes sphères politiques, jusqu’à entraîner la chute du clan.

Grace Mugabe pleure la mort de son mari, Robert Mugabe, ancien président du Zimbabwe. Si les frasques de la dame ont longtemps défrayé la chronique, ce sont surtout ses ambitions politiques qui ont coûté la présidence de son mari en novembre 2017, après plus de 37 ans au pouvoir, et l’ont contrainte à disparaître des radars.

Née en Afrique du Sud de parents zimbabwéens, Grace Mugabe est engagée comme secrétaire à la présidence de Harare à 20 ans et devient la maîtresse de Robert Mugabe alors que la première femme du président se meurt d’un cancer. Ils auront trois enfants et se marient en 1996 malgré leurs quarante ans d’écart, lors d’une cérémonie grandiose qui témoigne déjà de son goût prononcé pour le luxe.

Ses détracteurs lui reprochent ses extravagances alors que le Zimbabwe est plongé dans une crise économique, avec une inflation de 500 milliards pour cent. En 2003, la presse de Harare la surnomme «Gucci Grace» après une virée dans des boutiques de luxe parisiennes où elle dépense 93 500 euros, ou «Disgrace» pour avoir acheté des Rolls Royce et autres propriétés à l’étranger alors que son peuple vit dans la misère. Ses trois fils marchent dans ses pas et font régulièrement la une de la presse zimbabwéenne.

La Première dame se montre également parfois violente comme lorsqu’elle s’en prend à des journalistes en 2009 et 2014. En 2017 à Johannesburg, elle agresse le mannequin Gabriella Engels ce qui l’oblige à quitter le territoire sud-africain, alors qu’une crise diplomatique couve entre les deux pays d’Afrique australe. Elle obtient finalement l’immunité diplomatique, qui fait sandale des deux côtés de la frontière, mais qui sera révoquée par la suite en 2018 par Pretoria. Ce coup d’éclat lui vaut un énième surnom, «Fist Lady», «la Dame au coup de poing».

En 2010, WikiLeaks divulgue une note diplomatique américaine l’accusant d’avoir amassé des millions de dollars en trafic de diamants. La presse l’épingle aussi pour l’obtention de son doctorat en moins de 3 mois.

Rêves de succession
Si son train de vie est régulièrement décrié dans les médias, son ambition politique semble insatiable puisqu’elle devient, au fil des ans, un personnage clé de la vie politique zimbabwéenne. En 2014, la Première Dame est la seule candidate pour la direction de la Ligue des femmes du pays. «Je n’aurais jamais pu rêver qu’un jour, je ferai partie de la vie politique de mon pays. Aujourd’hui, vous êtes tous venus me solliciter, et je suis prête à entrer dans l’arène», déclare-t-elle lors de sa prise de poste devant les 3000 dirigeants de la Zanu-PF. Celle qui utilisait ce poste pour promouvoir la politique de son mari et s’attirer les bonnes grâces de ses concitoyens s’est construit son réseau d’influence pour asseoir son pouvoir et, par la même occasion, diriger son propre business faisant d’elle une femme d’affaires richissime.

À partir de 2014, son influence grandissante auprès du dictateur de l’ex-Rhodésie éclate au grand jour lorsqu’elle accuse publiquement la vice-présidente Joice Mujuru de fomenter un coup d’État. Cette dernière, poussée à démissionner, est remplacée par Emmerson Mnangagwa, évincé à son tour de la vice-présidence trois ans plus tard en novembre 2017, sous la pression de l’ex-Première Dame qui lorgne ce poste.

Quelques jours après avoir été écarté de la vice-présidence, Emmerson Mnangagwa est nommé chef du parti et de l’exécutif quand l’armée descend dans la rue et s’empare du pouvoir. Robert Mugabe est définitivement écarté de la présidence du pays à l’âge de 93 ans. Il est aussi exclu du parti, tout comme sa femme et leurs plus fervents supporters. Celle qui avait, début 2017, exhorté publiquement son époux à lui «laisser sa place», doit alors faire une croix sur ses ambitions présidentielles. Depuis lors, Grace se rendait régulièrement à Singapour avec son mari qui y recevait des soins.

En 2014, Vince Musewe, journaliste au Guardian, déclarait: «Elle est intouchable. Mais au moment où il (Robert Mugabe) meurt, la seconde d’après elle sera finie».

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