Soro, très fâché, déverse sa colère à travers un long courrier

Une si longue lettre ! On pourrait l’intituler ainsi la dernière correspondance que l’ex-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a adressée à ses pairs de l’Assemblée parlementaire francophone et dont linfodrome.ci a reçue copie. Un courrier daté du 30 mai 2019.

Guillaume Soro n’est pas du tout content. L’ex-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, président de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire francophone (APF) et Premier Vice-Président de l’APF, a écrit à ses pairs du bureau de cette institution pour formuler des griefs. Un courrier, accompagné par biens d’autres ayant précédé, dont linfodrome.ci a eu copies.

L’ex-chef du Parlement ivoirien a tenu à traduire par écrit une protestation à l’endroit de ses pairs de l’Apf portant sur ce qu’il qualifie de « faits suffisamment graves susceptible de compromettre l’image de notre institution ». De quoi s’agit-il ?

Renouvellement de la section ivoirienne de l’Apf

Guillaume Soro estime qu’il y a une violation des règlements, des principes et des valeurs qui devraient fonder l’action des membres du bureau à la tête de l’Apf. Des faits qui, selon lui, peuvent conduire à de graves dérapages. Abordant ces faits directement, le député de Ferkessédougou dénonce la composition d’une nouvelle liste de la section ivoirienne de l’Assemblée parlementaire francophone. Laquelle liste, différente de celle initiale telle que renouvelée en début de la législature en cours de 2016 à 20120, est conduite par, l’actuel chef du Parlement ivoirien, Amadou Soumahoro, comme président.

A propos, citant les textes en la matière, Guillaume Soro évoque des irrégularités et une illégalité de l’équipe mise en place par Amadou Soumahoro qu’il souligne avoir découvert sur le site internet de l’Apf. L’ex-chef du Parlement ivoirien fait noter plus exactement que le chapitre II des dispositions règlementaires de l’Apf portant ‘’Procédure d’adhésion et de constitution des dossiers’’ du document portant ‘’ Statuts et modalités d’adhésion à l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie’’ ne peut opérer en l’espèce. « Alors, la question qui se pose est de savoir en vertu de quelles dispositions ou de quel événement institutionnel pertinent la section ivoirienne de l’APF, mise en place depuis le renouvellement de notre législature en début d’année 2017, voit-elle sa liste complètement changée en cours de la législature ivoirienne 2016-2020 ? »

Selon le plaignant, l’argument dont a pu se prévaloir son successeur à la tête de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire pour adresser une nouvelle liste de section à l’APF consisterait probablement à invoquer le changement intervenu à la tête de l’Institution à la suite de ma démission, le 8 février 2019. Sur la question, il convoque des dispositions du Règlement de l’Assemblée nationale ivoirienne, notamment ces articles 138, 139 et 140 qui, cite-t-il, indique que « c’est au moment de l’adhésion d’une section ivoirienne à l’APF ou au début de chaque nouvelle législature que le Président a le pouvoir de désigner les membres de ladite section ». Et ce, après avis du Bureau de l’Assemblée nationale.

Partant de ces textes, Guillaume Soro rappelle qu’au mois d’avril 2019, date de la publication sur le site de l’APF de la nouvelle section proposée par mon successeur, il ne pouvait être question d’une nouvelle adhésion d’une section ivoirienne de l’APF puisque l’adhésion date de 1967. « L’Assemblée nationale ivoirienne n’était pas en début de législature au mois d’avril 2019 non plus, mais bien au contraire en pleine législature 2016-2020. Le Bureau de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, après ma démission du 8 février 2019, n’était pas encore constitué dans les normes de notre Règlement et le Bureau, non encore constitué, n’a donc pu être consulté en vue de la formation d’une nouvelle section. C’est évident ». Et Guillaume Soro de conclure sur ce volet : « Le règlement de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a donc été violé à plus d’un titre. La constitution d’une nouvelle section ivoirienne de l’APF par mon successeur est dans ces conditions, irrégulière et illégale en droit ivoirien ».

Outre les dispositions du Parlement ivoirien, le premier vice-président de l’Apf invoque également les statuts de l’institution pour soutenir sa protestation. Il s’appuie sur l’Article 5.3 de ces Statuts qui dispose que le Président de l’Assemblée nationale n’intervient qu’au moment de la formulation d’une demande d’adhésion d’une section à l’APF ou, selon la pratique, au moment du renouvellement de la liste des membres d’une section lors de l’amorce d’une nouvelle législature. Or, là aussi, M. Soro relève qu’au d’avril 2019, l’Assemblée nationale ivoirienne n’avait pas engagé de nouvelle procédure d’adhésion et l’Apf ne se trouvait pas non plus en début de nouvelle législature. « Conséquemment, les statuts de l’APF, comme le règlement de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, permettent également de confirmer l’irrégularité et l’illégalité de la section ivoirienne de l’APF constituée en avril 2019 par mon successeur », souligne encore le député de Ferké, qui rappelle que le renouvellement de la section est généralement lié au renouvellement du parlement membre de l’APF, en début de législature.

Au demeurant, Guillaume Soro, qui évoque des situations précédant son cas, demande à ses pairs de faire prévaloir le « principe de continuité législative qui régit le fonctionnement de toute institution parlementaire ».

Incident à Ouagadougou

Sur un autre chapitre, le prédécesseur d’Amadou Soumahoro au perchoir ivoirien dénonce un « incident malheureux » survenu à Ouagadougou au Burkina Faso à l’occasion de la 11ème Conférence régionale des présidents d’Assemblées et de sections de l’APF tenue les 25 et 26 avril 2019. Dans un courrier dont il a joint copie à sa nouvelle complainte, Guillaume Soro déplore le traitement infligé au Chargé de mission Afrique de ladite institution à cette rencontre, au mépris des textes et des us. Celui-ci n’ayant eu droit aux prérogatives qui devraient être les siennes conformément à son statut. L’ex-chef du Parlement ivoirien rappelle, à cet effet, le courrier de protestation adressé le 2 mai 2019 au Président de l’APF et le 6 mai 2019 au Secrétaire général Parlementaire. Courrier dont il dit être encore en attente de la suite.

Enfin, Guillaume Soro fait prévaloir toute latitude qui lui est donnée, ai regard des textes de l’Apf pour candidater à la succession du président en fin de mandat. Il balaie du revers de la main toute entrave à cette candidature et toute tentative de remise en cause de son fauteuil de premier vice-président de l’institution au motif qu’il ne serait plus président de parlement.

Pour tous ces cas abordés, l’ex-chef du Parlement ivoirien réclame justice et équité au sein de la haute instance des députés du monde francophone.

« Chers membres du Bureau, je recommande que nos textes soient appliqués pour éviter des situations regrettables au sein de l’organisation. (…). Il me paraît inimaginable que l’APF vienne cautionner les fautes graves et manquements en cours au sein de l’Assemblée nationale ivoirienne. Mon souhait le plus ardent est donc de voir l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie sortir par le haut de cet inconfortable imbroglio. Et ce ne sera que justice », conclue-t-il.

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