La polygamie interdite en Guinée « sauf si la première épouse permet à son mari d’épouser une deuxième femme »

Les députés guinéens ont voté le jeudi 9 mai 2019, une loi interdisant désormais la pratique de la polygamie. Ce vote a provoqué un tollé en Guinée.

Ce vote a provoqué un tollé dans la capitale, Conakry, avec de vives contestations de la part de certains acteurs de la société civile. Sur les 113 députés de l’Assemblée nationale, 69 ont voté pour et deux contre à l’issue de débats houleux et tendus entre pro et anti-polygamie.

Après une première lecture et le retour du texte au gouvernement pour amendement, le président Alpha Condé avait demandé aux députés un vote massif en faveur de cette loi défendant la monogamie.

Face à certaines inquiétudes d’une population guinéenne majoritairement musulmane, la nouvelle loi a tout de même tenu compte de certaines réalités culturelles et sociologiques, précisant que la polygamie est interdite « sauf si la première épouse donne son accord pour permettre à son mari d’épouser une deuxième femme.

En Guinée, l’Assemblée nationale a adopté ce jeudi 9 mai, un nouveau code civil avec une particularité, le texte introduit un article sur la monogamie. En décembre dernier, les députés avaient à la majorité adopté un texte contraire, qui introduisait la polygamie. C’est donc un changement, mais beaucoup reste encore à faire pour faire évoluer les pratiques.
Avec ce nouveau Code civil, la monogamie devient la règle. Ce statut a été obtenu après de long mois de discussions au sein d’une Assemblée assez réticente. Fatou Souaré, directrice de l’ONG Women in Africa, se félicite de ce premier pas.

« C’est la monogamie qui prime, c’est-à-dire que quand le couple ne se prononce pas, le mariage est monogame jusqu’au bout, c’est donc un moindre mal », explique-t-elle.

Ce texte est un moindre mal, car il est encore possible d’opter, au moment du mariage, pour la polygamie. Le conjoint doit alors préciser combien d’épouses il entend avoir, un nombre limité à quatre par la loi.

« Les femmes ont peur du « qu’en-dira-t-on » »

Pas évident d’impulser des changements de fonds, dans une société où le choix de la famille est déterminant pour sceller un mariage. « Ça sera difficile parce que les femmes aujourd’hui n’arrive pas à vivre réellement et concrètement en phase avec les textes de loi, détaille Moussa Yero Bah qui dirige l’ONG Femmes, Développement et Droits humains en Guinée. La réalité c’est que les acteurs socio-culturels prennent le dessus le plus souvent. Les femmes ont par exemple, plutôt peur de partir quand un mari prend une seconde femme. Elles préfèrent rester et subir parce qu’elles ont peur de ce que dirait la société, elles ont peur de divorcer, elles ont peur du « qu’en-dira-t-on »… »

Selon cette militante, il faudra encore du temps et énormément de pédagogie pour faire comprendre aux femmes, notamment en milieu rural, que leurs droits comptent.

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