« J’ai découvert 95 corps et seulement 50 survivants » : massacre d’un village dogon au centre du Mali

L’attaque de Sobanou-Kou, lundi, souligne l’accélération d’un cycle de vengeances intercommunautaires totalement incontrôlé au centre du Mali.

Des cases brûlées où les cendres se mêlaient aux restes humains, calcinés. « J’ai découvert 95 corps. Et il ne restait que 50 survivants sur place. Sur les quelque 300 personnes qui habitent le village de Sobanou ! Où sont les autres ? », s’interroge Ali Dolo, le maire de la commune dont dépend Sobanou-Kou, paniqué et choqué par la scène d’horreur qu’il a découverte ce 10 juin en se rendant sur place.

Dans la nuit du 9 au 10 juin, ce village dogon de la région de Mopti, au centre du Mali, a été attaqué par plusieurs dizaines d’assaillants lourdement armés, identifiés par les rescapés comme appartenant à l’ethnie peule. « Ils ont brûlé vif les habitants dans leurs maisons. Tous ceux qui ont tenté de fuir ont été abattus : femmes, vieillards, enfants, sans distinction ! », s’alarme M. Dolo.

Dans un communiqué publié lundi 10 juin, le gouvernement malien a soupçonné ces assaillants d’être des terroristes, avant d’assurer que « toutes les mesures seront prises pour arrêter et punir les auteurs de ce carnage ». Le gouverneur de la région de Mopti s’est rendu sur place et des renforts sécuritaires ont été déployés pour tenter de retrouver les auteurs de cette énième tuerie. Le ministère de la justice a annoncé, lundi soir, l’ouverture d’une enquête, menée par le procureur du pôle judiciaire spécialisé dans lutte contre le terrorisme.

Depuis 2016, les habitants du centre du Mali voient les fosses communes de victimes de ces conflits miliciens se multiplier, sans que les autorités arrivent à maîtriser la situation. En trois ans, l’ONG Acled y a reporté plus de 2 700 personnes tuées dans ces affrontements dits communautaires, qui opposent en réalité des groupes armés tantôt peuls, tantôt bambara et dogon, aux villageois démunis de l’autre communauté. Ces attaques de villages ont été exacerbées et continuent d’être instrumentalisées par les djihadistes, qui étendent leur contrôle sur le centre du Mali sous le commandement du prédicateur peul Hamadoun Kouffa.

Massacre d’Ogossagou
Depuis le massacre du village d’Ogossagou du 23 mars dernier, où plus de 167 civils peuls ont été tués, l’attaque de Sobanou-Kou est le plus meurtrier enregistré. Cette fois, ce sont les Dogon qui ont été visés. « Ce drame nous rappelle malheureusement que dans cette spirale de la violence, il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Tout le monde est responsable.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *