Incendie de Notre-Dame de Paris : la France touchée en plein cœur

Tel un vaisseau de pierre majestueux enserré par les deux bras de la Seine, Notre-Dame semblait, depuis toujours, entretenir un dialogue singulier avec l’histoire des hommes et l’éternité des dieux. Les flammes terribles, voraces, longtemps insatiables qui ont ravagé la cathédrale de Paris, lundi 15 avril, n’auront pas mis un terme à ce dialogue. Mais elles y auront ajouté la sidération de la catastrophe, le drame des Parisiens, le deuil de la France touchée au cœur et cette immense onde de tristesse qui a parcouru la planète à la vue du désastre en direct par ces millions de voyageurs qui la visitaient chaque année.

Tout se mêlait dans l’émotion de tous et les sanglots étouffés de beaucoup. Pour les chrétiens, d’abord, en ce début de semaine sainte, en cette veille de Pâques, Notre-Dame était depuis plus de huit siècles – depuis quinze siècles même dans sa forme mérovingienne antérieure – un des hauts lieux d’une foi qui a façonné l’Europe à travers les âges. Contrairement à bien d’autres, si elle n’avait pas toujours résisté à l’usure du temps, la cathédrale avait échappé aux flammes qui en avaient détruit bien d’autres. Sa charpente médiévale, cette « forêt » mystérieuse, est aujourd’hui en cendres.

L’épicentre du pays
Pour les Parisiens, trônant au cœur de l’île de la Cité où Lutèce était née, sa longue et haute nef, ses deux tours massives et cette flèche (rajoutée au XIXe siècle par Viollet-le -Duc) qui s’est effondrée, hier, dans une gerbe de feu, dessinaient immanquablement la silhouette de la ville, comme son pôle magnétique. Pour tous les amoureux d’art et de civilisation, elle était ce joyau gothique somptueux, miracle d’architecture et musée inestimable qu’il faudra des années, des décennies sans doute pour réparer et restaurer.

La géographie, l’histoire, la littérature en ont fait l’épicentre du pays. Sur son parvis se situe le « point zéro » à partir duquel est calculée la distance à la capitale du moindre bourg de France. Sa nef a accueilli quelques-uns des plus riches chapitres du roman national. Les rois étaient sacrés à Reims et inhumés à Saint-Denis, mais pendant des siècles la monarchie est venue s’agenouiller à Notre-Dame, y célébrer mariages et Te Deum de victoires. Une décennie après la Révolution qui ne l’épargna pas complètement, Napoléon s’y fit couronner empereur en 1804.

La République, elle-même, en a fait bien souvent le lieu de ses triomphes et de ses peines. C’est le bourdon de Notre-Dame qui sonna le premier la victoire, le 11 novembre 1918. C’est dans cette cathédrale, prise sous les tirs des desperados de la Collaboration, que le général de Gaulle vint célébrer la libération de la capitale le 26 août 1944. Là encore que se rassemblèrent tous les grands de la planète en 1970, 1974 et 1996 pour saluer, lors de messes solennelles, la mort de trois présidents de la République, de Gaulle, Pompidou et Mitterrand.

« Sur la face de cette vieille reine de nos cathédrales, à côté d’une ride, on trouve toujours une cicatrice », avait écrit Victor Hugo, chantre de Notre-Dame de Paris. La cicatrice, cette fois-ci, sera ineffaçable. « Nous rebâtirons cette cathédrale », a assuré Emmanuel Macron au soir de la catastrophe. Mais aussi fort soit-il, cet engagement ne pourra effacer avant longtemps les images terribles de cet immense brasier qui n’aura épargné de Notre-Dame que son squelette de pierre et la mémoire d’une poignante soirée de deuil, national et planétaire.

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