Abomey, au Bénin, pleure la mort de son roi

Six mois de cérémonies ont débuté, au terme desquelles le successeur de Dédjalagni Agoli-Agbo doit être révélé au public.

« Il fait nuit sur le royaume ! », a lancé le premier ministre du royaume d’Abomey, dans le sud du Bénin, à quelque 30 000 personnes venues célébrer, samedi 11 et dimanche 12 août, la disparition du souverain local, Dadah Dédjalagni Agoli-Agbo, survenue début juillet.
Le long de la cour extérieure du palais royal, dignitaires, princes et gardiens du culte, torses nus, se sont assis en tailleur sur deux longues colonnes. Puis la foule a assisté a l’immolation d’une chèvre, suivie de coups de gongs signifiant le début du recueillement. Au terme de ces deux jours de manifestations publiques, les cérémonies doivent durer au moins six mois, cette fois-ci dans l’intimité de la cour.

« Dans la tradition, on dit que la fièvre s’est emparée du royaume tant que la mort du roi n’a pas été officialisée par des cérémonies », fait observer Dah Sodjo Kehounhon, ministre à la cour et superviseur des festivités. « Le décès du roi est synonyme d’une nuit qui tombe sur le royaume et le plonge dans l’obscurité. Il n’y a plus de manifestations grandioses ni aucune réjouissance tant que les cérémonies du roi n’ont pas pris fin », précise-t-il.

Rénovation des palais
De nombreux députés et membres du gouvernement avaient fait le déplacement jusqu’à Abomey, capitale de ce royaume vieux de quatre siècles, autrefois connu sous le nom de royaume du Dahomey (ancien nom du Bénin). Héritier d’une longue lignée de monarques, Agoli-Agbo avait succédé notamment au roi Gbéhanzin, déporté lors de la lutte coloniale contre la France qui a mis fin au pouvoir politique du Dahomey. Aujourd’hui, la Constitution béninoise ne reconnaît pas de pouvoir politique aux rois et autres chefs traditionnels, mais ils conservent une grande influence sur la vie de la cité.

Le souverain défunt imposait le respect à ses sujets par sa carrure et sa prestance. Après son accession au trône en 1989, il avait travaillé à la rénovation de plusieurs palais, dont certains sont devenus une priorité touristique pour le développement du Bénin. « C’était un roi réformateur qui estimait que les enfants du royaume devaient s’intéresser à la coutume et à la culture », explique à l’AFP Didier Samsom, l’un de ses descendants. Il a travaillé « à rendre la cour plus moderne et dépoussiérer la tradition ».

Au terme des cérémonies, un successeur devrait être connu et révélé au public. Mais tous craignent que l’exercice soit sujet à des intrigues fratricides, comme cela a souvent été le cas : il faut que toutes les communautés du royaume se mettent d’accord pour désigner leur nouveau souverain.

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